Ma première rencontre avec Lee Chue Shek eut lieu en 2005 à Hong Kong
. Alors assistant d'un galeriste parisien, j'étais en Asie pour rencontrer des amateurs de jade chinois de collection. Et c'est d'abord le collectionneur Lee que j'ai rencontré.
Nous présentant par la suite quelques peintures de sa composition, j'ai vu ce vieux monsieur scruter mon regard et je sais qu'il y a lu la fascination qu'exercait sur moi ces rouleaux déroulés avec soin, ces paysages qui tout d'un coup emplissait tout l'espace.

Il m'a invité à rentrer dans sa peinture, à parcourir ces paysages pour cheminer, à ses côtés, le long de sentiers escarpés
: la peinture de Lee Chue Shek est avant tout celle d'un peintre voyageur, d'un amoureux de son pays.
En 1993, à l'occasion de la publication d'un catalogue retrospectif de son œuvre il se présentait ansi :
" With a sack on my back, I have travelled around, lodging in temples by night, crossing lakes on morning boats, enjoying life in a relaxed and enriched manner ". C'est dans sa peinture que transparaît toute la beauté, la diversité et la sensualité des paysages qu'il a croisés.
Ceux de la Chine du Nord, celle du Fleuve Jaune, paysages de limon et de loess ravinés par les eaux qui composent ce relief si particulier. Mais aussi la Chine du Fleuve Bleu, puisque c'est ici qu'est né Lee, dans le Guangdong, dans ces paysages de Chine subtropicale.

Mais plus que d'évasion, c'est de poésie dont parlent ces peintures : " I no longer need brush and ink to create beautiful paintings which can be formed unconsciously on my mind ". Le paysage est ainsi conçu comme une œuvre d'imagination et d'émotion. C'est de ce fait toute la sensibilité du poéte qui est transcrite dans sa peinture : océan de nuages d'où émergent parfois sommets escarpés, paisibles lac et clairs torrents.
Mais c'est aussi une nature habitée : des paysages où l'homme, bien que présent, s'efface et où architecture et humains savent se fondre dans l'immensité.

Ce que Lee Chue Shek a su saisir, c'est le souffle, si cher à l'esthétique et à la philosophie chinoises, ce souffle qui anime l'univers et fait vivre la matière. Ce souffle transparait dans les " images mentales " que sa peinture fait naitre dans l'œil du spectateur -ou plutôt du contemplateur- et puise sa force dans l'attachement à d'infinis détails.
Un autre caratère fondamental de la peinture de Lee, c'est son inscription dans une tradition picturale chinoise. Observant et copiant les œuvres des grands maîtres, il a su expoiter tant sur la forme (éventails et rouleaux) que par la conception de l'espace toute la force de la peinture chinoise.

 
   voir la biographie de Lee Chue Shek